Crédit photo : Shanna Warocquier et Alice Ponty

Shanna Warocquier et Alice Ponty

Résidence : mai et juin 2025

Une blessure sans douleur

Cette résidence s’inscrit dans le cadre d’un premier partenariat avec l’Ecole des arts décoratifs-PSL, à l’occasion de la seconde édition de la Biennale du Vivant initiée par l’Ensad, l’ENS-PSL, le Museum national d’Histoire Naturelle et le journal Libération.

La Fondation s’est engagée à recevoir un duo de jeunes diplômées pour une résidence de recherche et de production autour du thème de la manifestation “Vivant-Non Vivant”, dont le résultat a fait l’objet d’une exposition à l’Ensad en septembre 2025 à Paris.

Biographies

Shanna Warocquier est une photographe plasticienne basée à Paris. Toujours en quête, elle recherche ce qui organiquement, lie l’humain.e aux phénomènes naturels, des astres aux cellules corporelles. En 2024, elle est diplômée des Arts décoratifs de Paris (ENSAD), lauréate du Prix Dauphine pour l’Art Contemporain et reçoit la Bourse de Production « Cultures numériques – Fabrique du Digital » de la Banque des Territoires – Groupe Caisse des Dépôts pour son projet Red Marble. En 2025, elle est photographe finaliste du Festival de Hyères (villa Noailles), invitée au Musée du Jeu de Paume en discussion avec le photographe Nick Night et exposera à la galerie Romero Paprocki.

Diplômée en 2024 en Design Vêtement et Accessoire de l’École Nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, Alice Ponty questionne le vêtement comme un objet autonome, transcendant sa fonction pour devenir sculpture, frontière entre Art et Design, entre présence et absence. Libérés de leur usage, ses pièces deviennent des témoins d’un passé absent, des corps uniques qui, indépendants, acquièrent une existence propre et nous racontent.

 Projet de recherche à la Fondation Martell

Plutôt qu’un constat de la catastrophe à venir et déjà en train de se faire du vivant, ce projet de résidence s’intéresse à l’idée de frontière dans la définition même du vivant. En effet, si l’on définit un sujet comme vivant, on peut dire qu’il est mortel mais tend à se perpétuer. Le vivant et le non-vivant sont comme deux parallèles – ils ne sont pas voués à se rencontrer. Pourtant, dans cet interstice se loge bien plus qu’un duel binaire. Dans un éclat de mysticisme, il arrive que l’inerte s’anime, au sens d’anima, comme porteur d’une « âme ». Image de soin, image de lien et surtout vecteur de temps, le cheveu se situe dans « cette zone étrange où quelque chose d’inerte se révèle être vivant ». Relié à la peau, il ne cesse de croître. Coupé sans douleur, figé dans sa course, il meurt et devient immortel. Le cheveu est alors ce qu’il reste, une trace d’existence, un messager de notre ADN, un fragment corporel. Le terme « fragment » est essentiel puisqu’il fait référence à la science comme l’histoire, à l’archéologie comme la sculpture – à ce qui peut naître quand tout semble périr.

Le projet « Comme une blessure sans douleur » a commencé par une enquête de terrain liée au cheveu et aux acteuric.es qu’il implique : coiffeur.ses et coiffé.es de la région de Cognac. Le projet s’est déroulé en deux temps: une première phase d’enquête et de collecte de récits aux alentours de la Fondation : suivi d’une phase d’écriture et de retranscriptions de phrases résonnant autour du cheveu comme objet transitionnel entre vivant et non-vivant, et d’une phase de production de pièces en verre et en céramique.

 Résultats d’étape issus de la résidence

Chaque objet-artefact naît de la rencontre entre une phrase et une image, entre une parole d’autrui et un geste personnel. Les objets manufacturés rencontrent des narrations qui élèvent leur apparente banalité. Pour souligner ce contraste, les résidentes ont choisi d’user de matériaux fragiles et précieux comme la céramique et le verre qui font écho à la sculpture.

Chaque objet est contenu dans une boîte qui emprunte les codes du système d’archivage. À travers l’imagerie du cabinet de curiosité, nous avons constitué une bibliothèque d’artefacts pensés comme des objets indépendants. Réunis, ils forment une dalle, une stèle, un socle commun évoquant l’esthétique des mémoriaux et des pierres funéraires. Comme la parcelle d’un tout ou les prémices d’une recherche scientifique, nous entrelaçons, à la manière d’une tresse, le passé d’une histoire dite « naturelle » et le présent d’une histoire en construction permanente. Par la dimension biologique du cheveu, les résidentes ont érigé une archive du vivant et par sa dimension sociale, un mémorial des absents, adressé à ceux que l’on n’est plus et à ceux que l’on porte sans s’en rendre compte – à l’image du cheveu retrouvé dans la maille d’un pull ou la laine d’un manteau.

 Inscription dans le Labo Almanach

Ce projet réunit les témoignages de coiffeur.ses de Cognac. Ceux-ci ont été une base de recherche pour notre projet mais constituent également des ressources potentielles pour le Labo Almanach, notamment par les liens au territoire qu’entretiennent les coiffeurs.ses au travers du recyclage des restes de cheveux. Ces restes sont récupérés par les agriculteur.ices afin d’éloigner les ruminants mais également comme dépolluants des océans par leur pouvoir d’absorption (filtrage des plastiques et du pétrole). Aujourd’hui considérés comme un déchet, les cheveux coupés revêtent un pouvoir de transformation : ils peuvent être utilisés pour de l’artisanat et la conception de diamants.

 Ressources sollicitées

Cheveux coupés provenant des salons de coiffure « Coiffure Passion », « Stéphane D. », « Hairdresser », « Carré d’artistes » à Cognac.