Lauriane Obry
Résidence : septembre – octobre 2024
Tapi(x)erie
Biographie
Lauriane Obry est diplômée de l’ENSCi-Les Ateliers en Création et Technologie Contemporaine et lauréate en 2023, de la bourse de recherche Agora du Design. Formée à la manufacture des Gobelins, elle réalise des tissages et des installations intégrant de grandes tapisseries de lice. Souhaitant contribuer à un autre regard sur la tapisserie patrimoniale, elle questionne le renouvellement de ses formes, de ses usages, de ses outils et favorise de nouvelles interactions avec le public. Entre recherche et création, elle souhaite réaffirmer la tapisserie de lice comme champ d’expérimentation plastique, comme potentiel dispositif immersif, en valorisant à la fois le processus de création et la technicité du geste. Elle s’intéresse aux liens entre savoir-faire ancestral et technologies actuelles, ainsi qu’à la diversité des ressources matérielles et naturelles de notre époque.
Projet de recherche à la Fondation
Le projet Tapi(x)erie, interroge la place et l’évolution de la tapisserie de lice au XXIᵉ siècle. L’artiste, elle-même licière, remet en question le protocole traditionnel de création (où l’artisan.e exécute le modèle d’un.e artiste) pour proposer un processus expérimental, où le geste artisanal intervient dès la conception. En s’intéressant aux qualités techniques et écologiques du chanvre textile (fibre locale, durable et performante), elle propose de revisiter la tapisserie de lice à la lumière de ses propriétés physiques, notamment thermiques et acoustiques. Le projet imagine ainsi une “tapisserie d’été”, tissée intégralement en chanvre (chaîne, trame et teinture), capable de préserver la fraîcheur d’un espace. Ainsi le rôle traditionnel de la tapisserie s’inverse, historiquement utilisée en hiver pour isoler et maintenir la chaleur. Par cette approche, la tapisserie de lice s’envisage comme un support fonctionnel, reliant geste artisanal, innovation technique et durabilité. En valorisant les ressources du territoire de la région Nouvelle-Aquitaine, Tapi(x)erie souhaite contribuer à nourrir les liens entre design et artisanat à travers une pratique ancrée, écologique et locale.
Résultats d’étape issus de la résidence
Cette résidence de recherche a permis d’explorer plusieurs axes autour de la fibre de chanvre et de la coloration naturelle. Dans un premier temps, un travail de recherche de matière a été mené pour identifier des producteurs et transformateurs français capables de fournir un fil de chanvre textile de qualité pour les besoins du tissage. Les entreprises Safilin, French Filature (Hauts de France) et Virgocoop (Nouvelle-Aquitaine) ont été démarchées.
À partir de ces fils, des échantillons de tissage ont été réalisés afin d’évaluer la résistance, la souplesse et le rendu esthétique du chanvre. Cette fibre, souvent perçue comme rustique, peut être désormais conditionnée par les mouvements précis et réguliers des machines. Elle dévoile une texture lumineuse et une présence sculpturale, ouvrant de nouvelles perspectives pour la tapisserie contemporaine et la valorisation de l’industrie textile française. Le second volet de la recherche a porté sur la coloration végétale, avec une volonté de renouer avec les pratiques de coloration naturelle délaissées depuis le XIXᵉ siècle au profit de pigments synthétiques. Une série d’expérimentations de teinture à partir des feuilles de chanvre ont permi de créer une palette de nuances allant du jaune au vert et dont la solidité sera à observer dans le temps. Enfin, une phase d’expérimentation sur le mordançage et les additifs naturels a été menée. En utilisant des rebuts et ressources locales tels que la gravelle viticole, la graine de tournesol, la coquille d’huître, la bogue de marronnier, le sel des marais ou la feuille de vigne, des formules alternatives aux produits chimiques traditionnels ont été expérimentées dans le traitement des fibres avant et pendant la teinture. Ces essais ont donné naissance à une collection de fils légèrement colorés.
En replaçant la matière et la ressource colorante au cœur du processus de création, le savoir-faire de la lice se détache de la logique de reproduction du carton. Affranchie du motif figuratif, la tapisserie se présente alors comme un nouveau média, entre cartographie et témoin d’une “géographie de la couleur”, où la structure même du tissage devient le lieu d’une écriture chromatique ancrée à un territoire, à ses ressources et à ses richesses. Un prototype tissé sur le métier de basse lice de la fondation a pu être produit et ainsi concrétiser les phases de recherches et d’expérimentations. Une rencontre avec Arnaud Dubois (EnsAD Limoges/CNRS) a permis d’engager un dialogue autour des enjeux de la couleur, de la matière et du vivant. Cet échange, qui s’est tenu dans le jardin “Chromoculture” à l’EnsAD Limoges puis à la fondation, a enrichi la réflexion du projet en établissant un pont entre recherche académique et pratique artisanale, tout en éclairant les liens entre design, ressource et transmission.
Inscription dans le Labo Almanach
Utilisant le Labo Almanach comme un espace de recherche, de partage et d’expérimentation autour des ressources du territoire, celui-ci a constitué tout au long du projet un point de référence précieux, permettant à l’artiste de découvrir et de réutiliser des rebuts et matériaux déjà identifiés par d’anciens résidents, tels que le sel de marais salant, la coquille d’huître et la corde. Au-delà des ressources, cet espace a favorisé des rencontres et échanges avec d’autres résidents, offrant l’opportunité de partager des expériences, mutualiser des savoirs et d’être mis en relation avec des partenaires communs issus du réseau local.
Des essais tissés et colorés ainsi que de nouvelles ressources comme la gravelle viticole
(résidus acides qui se forme dans les cuves des viticulteurs), la graine de tournesol, riche en fer (culture de tournesol très présente en Charente) ou encore le fil de chanvre fournit par Virgocoop, Safilin et French filature, ont rejoint les archives du Labo en tant que traces de recherche et outils de transmission pour les prochains résidents. Le métier à tisser de basse lice a été activé lors de cette résidence, permettant de valider son bon état de fonctionnement et son utilité parmi les machines mises à disposition par la fondation.
Ressources sollicitées
- Fil de chanvre (association Lin et Chanvre Bio, Virgocoop, Safilin, French Filature filature) Feuille de chanvre séchée (Gatichanvre)
- Gravelle viticole (oeno Labo)
- Sel de marais salant (Labo Almanach)
- Coquille d’huître (Labo Almanach)
- Graine de tournesols (récolté dans un champs proche Cognac)
- feuille de vigne fraîche (récolté dans patio de la maison des résidents)
- Bogue de marronnier (récolté sur le parking de la fondation)
- Corde (Corderie Palus/Labo Almanach)

