Crédit photo : Aurélien Mole

Matteo Penza

Résidence : février et avril 2025

T0RUL4G4TE

Bourse Agora pour le design

Biographie

Matteo Penza vit à Marseille. Il subit, comme la plupart de ses contemporains, le sentiment d’urgence de son époque. Son humeur oscille entre désespoir et excitation fébrile. Napoléon ou cafard.

Pour s’en sortir, il tisse des liens avec d’autres personnes qui sont à peu près dans la même situation de détresse émotionnelle. Ensemble, ils essayent de formuler des stratégies plus ou moins collectives comme le feraient des groupes de parole des AA (Astronautes Autonomes ou Alcooliques Anonymes). Des projets naissent de ces moments précieux.

Néanmoins, comme il travaille beaucoup, et qu’il a des soucis à savoir où s’arrête son « travail » et où commence son « temps libre », il dédie aussi une partie de son temps à formuler des pensées plus ou moins cohérentes, car il a eu le privilège d’être lauréat de la Bourse Agora de recherche en design en 2023 avec le projet « Cocagne », et qu’il a donc des comptes à rendre.

Il aime travailler avec des personnes qui ne viennent pas de son « milieu professionnel », avec qui il peut se permettre de proposer des formes différentes de celles qu’on attend d’un designer, évitant ainsi d’avoir une réponse facile à la question fastidieuse : « tu fais quoi dans ta vie ».

Projet de recherche à la Fondation

Bordeaux, Cognac, Madère, Marsala, Porto, Sherry. Une intrigue se dessine à partir de l’histoire de six vins – vins fortifiés, vins mutés ou distillés –, unis par une même origine commerciale : des Anglais, entre le XIIe et le XIXe siècle, les rendent célèbres en décidant de les commercialiser en Grande-Bretagne ou dans les colonies de l’Empire, et en mettant en place, à partir de là, toutes sortes de stratégies commerciales pour en tirer profit. L’histoire de ces vins s’entremêle à l’histoire de l’émergence du capitalisme.

Une fiction se superpose à cette recherche documentaire. Enquête paranoïaque et complotiste sur l’origine fongique et contagieuse du capitalisme, « T0RUL4G4TE » confond délibérément des objets conceptuellement très éloignés. Ainsi, « confiture », « commerce triangulaire », « parasite fongique », « capitalisme » et « influenceur » se côtoient et s’enchevêtrent dans la bouche du narrateur-conférencier.

Résultats d’étape issus de la résidence

Le premier des six chapitres a été écrit et présenté sous forme de conférence. Ce chapitre traite – pour reprendre le raisonnement du conférencier – de la confiture comme procédé technologique ayant permis la naissance de la banque et du commerce (conservation = accumulation et possibilité d’échange). Un parallèle entre la confiture et ces vins – ayant subi des transformations technologiques afin de garantir leur conservation pour le transport –, fait apparaître un syllogisme : si la confiture est l’origine du commerce à grande échelle, étant lui-même un aspect du capitalisme, et si ces vins sont de la confiture, alors ces vins sont à l’origine du capitalisme.

Un livret, compilation de dates, de faits techniques et d’arguments annexes liés à l’histoire de ces vins, ainsi qu’une nappe, support pratique d’un repas et support mnémonique d’une conférence où sont imprimées des images floutées tirées du livret, ont été produits pour l’occasion.

Inscription dans le Labo Almanach

Comment l’histoire de ces vins résonne-t-elle avec d’autres histoires ? Comment ces vins font-ils s’emboiter des échelles globales, géopolitiques et locales ? Comment le commerce de ces vins a-t-il façonné les territoires, comment est-il à l’origine même de ces terroirs ? Comment a-t-il dessiné les paysages, adapté des espèces, les cultures, la production ou les chaines de transport ? Comment le commerce a-t-il façonné les goûts, les modes, les habitudes ? Comment a-t-il rendu dépendante d’un seul ou de très peu d’acheteurs une filière de production impliquant des milliers de personnes sur des territoires aussi vastes ?

Ce projet est une manière d’enquêter sur les logiques économiques et sociales qui ont façonné et façonnent la région charentaise (et pas seulement), et de croiser des approches disciplinaires différentes pour les décrypter.

Ressources sollicitées

  • Antoine Vernouillet, cuisinier, Cognac
  • Philippe Meyzie, historien de l’alimentation, Bordeaux
  • Jean-Yves Marilleau, viticulteur, Sonnac
  • Jérome Fleuret, viticuleur, Champagnolles
  • Roland Vilneau, viticulteur, Verdille
  • Géraldine Gallant, archiviste, Cognac
  • Andrea Mignolo, réalisateur documentaire, Milano