Habiter le monde, dans ce monde habiter un lieu, dans ce lieu habiter des pièces… A plusieurs égards, le confinement décrété depuis quelques semaines, nous ramène à la place que l’on occupe sur la planète et à la façon que l’on a d’aménager cette place. Par choix, par confort ou par nécessité, cela dit beaucoup sur l’organisation de nos cartes mentales, sur la danse de nos idées et sur la chorégraphie qu’elles suivent.

Certains remplissent leur habitation d’objets rapportés de voyages, de livres, de sons et d’images pour s’évader. D’autres la veulent épurée pour y faire vivre leur imaginaire. De nombreuses personnes choisissent même de vivre en-dehors de toute habitation et préfèrent une approche nomade du monde. Notre habitation nous ressemble souvent et, pour qu’elle ne devienne pas uniquement un lieu d’isolement, peut laisser une place à l’autre — on parle ainsi d’art de recevoir, de geste de bienvenue, jusqu’à offrir parfois une chambre d’amis.

La notion d’un « chez soi », dans sa double dimension de refuge intime et d’accueil de l’autre, est au cœur de l’exposition qui devait ouvrir en avril à la Fondation d’entreprise Martell (nouvelle date en cours de confirmation). Son titre Places to be est évocateur : il n’y a pas un lieu, ni un espace unique où être dans ce monde. Tout comme chaque être humain est pluriel, un lieu d’habitation a de multiples facettes. Nous avons cherché à revenir à l’essence d’un « chez soi » en dédiant une fonction à chaque espace. Nous avons ainsi confié chacun de ces espaces à un designer différent, libre d’y aménager son propre habitat avec sa propre esthétique.

Les 14 designers de Places to be proposent une exploration de leur création et par-là, une invitation à voyager chez un autre que soi. L’exposition sera entièrement habitable, utilisable et chaque pièce pourra être investie par les visiteurs d’une manière qui leur est propre.

Déjà, lors de la préfiguration de la Fondation, l’artiste Vincent Lamouroux bâtissait une terra incognita à explorer, sous la forme d’une île entièrement blanche ; puis les architectes SelgasCano construisaient une architecture insolite à habiter, comme une forêt dans laquelle se perdre. Plus récemment, les artistes Adrien M & Claire B offraient un espace-temps immersif de contemplation, de jeu et de recueillement. Ces trois expositions inédites produites par la Fondation repensaient déjà notre façon d’habiter le monde. Nous espérons, dès la fin de cette période difficile, continuer à offrir à nos visiteurs des lieux d’être, des espaces d’ouverture autant que d’introspection pour repenser les formes, les couleurs, les matières et les pratiques domestiques.

En attendant de vous accueillir prochainement à la Fondation, nous vous souhaitons le meilleur pendant ces temps inédits.
Restons chez nous pour mieux nous retrouver.

L’équipe de la Fondation d’entreprise Martell
Nathalie Viot, Juliette Nosland & Maxime Heylens